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Lettre d’un citoyen au président de la république

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Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République du Sénégal parue dans le site Xalimasn.com du 29 mars 2012, nous nous sommes donné la liberté d’attirer, en ces termes, l’attention du Président sur l’urgence de la mission qui l’attendait: « Monsieur le Président, ce que nous appelons communément la demande sociale suffit largement comme chantier pour que vous ne soyez tenté de songer un instant à dilapider nos maigres ressources dans le but de satisfaire une clientèle politique. La création de strapontins pour des membres de coalitions n’est pas nécessaire pour signifier votre reconnaissance à leur égard. Les Sénégalais vous attendent sur un terrain autre que celui de la redistribution d’opportunités par le biais d’un recasement de souteneurs opportunistes ou même sincères. Après tout, vous ne devez reconnaissance qu’au seul peuple sénégalais qui vous a élu et à qui vous rendrez compte. Lui seul appréciera si votre projet colle à ses aspirations de liberté politique, d’indépendance économique, et d’épanouissement social. »

Certes, il est trop tôt de faire un bilan exhaustif, ou même partiel, du travail que vous avez accompli six mois après avoir été porté à la tête de la magistrature suprême de notre pays. Cependant vous posez des actes qui inquiètent, et nous espérons que ces actes ne traduisent pas le début d’une dérive par rapport à l’élan de rupture qui vous a porté au pouvoir le 25 mars 2012. Parmi ces actes, citons juste quelques uns.

Premier acte : Quand une partie de l’opinion a exprimé son émoi suite à la nomination de l’ancienne DG de l’APIX au poste de conseillère spéciale à la présidence, vous auriez tout bonnement marqué votre réprobation en disant que vous êtes président et que vous nommez qui vous voulez. Nous ne récusons pas le principe du pouvoir discrétionnaire dont vous disposez en tant que président et sommes tout à fait d’accord que le peuple souverain vous a accordé une telle prérogative en portant son choix sur vous. Mais si tant est que ces propos alloués à Monsieur Macky Sall soient avérés, est-il nécessaire de ressasser ce principe? Monsieur le Président, n’oubliez pas qu’en se débarrassant du régime de Wade les Sénégalais ont aussi sanctionné l’arrogance qui avait quasiment fait perdre la tête à nos dirigeants. Beaucoup de Sénégalais apprécient Macky Sall pour son sens supposé de la mesure et ses qualités d’homme modéré.
Il n’est donc pas nécessaire que le président enfonce davantage le clou en crachant à la face d’un peuple qui croule sous le poids de la misère et du mal vivre qu’il détient le pouvoir exécutif de prendre les décisions qu’il juge importantes. Ce qui scandalise une partie de l’opinion dans cette affaire, ce n’est pas tant la personne de l’ancienne DG de l’APIX que l’incapacité affichée du nouveau régime à marquer la rupture tant souhaitée par le peuple sénégalais. Nous ne disposons pas des éléments concordants qui nous permettent de remettre en cause telle ou telle décision prise par le Président de la République. Mais force est de constater que beaucoup de Sénégalais sont incommodés par cette nomination simplement parce que la gestion de l’APIX ne traduisait pas selon eux un modèle de transparence. Si l’objectif recherché dans cette nomination est, comme l’a dit le porte-parole de l’APR, M. Seydou Gueye, « la mobilisation de ressources pour la réalisation des grands chantiers » de l’Etat, nous doutons fort que l’ancienne DG de l’APIX soit la seule personne, parmi les douze millions de Sénégalais, capable de réussir une telle mission. Les Sénégalais attendaient un signal fort et ce signal passe forcément par la rupture dans les méthodes mais également dans le choix des personnes qui nous dirigent. Car on ne fait pas du neuf avec du vieux !

Deuxième acte : Il semblerait que le Président compte procéder à un remaniement ministériel ou un réaménagement du gouvernement en augmentant la taille de ce dernier. L’argument avancé par M. El Hadji Hamidou Kassé, coordonnateur du pôle de communication et de veille stratégique à la présidence de la République, est d’assurer une meilleure prise en charge des préoccupations des Sénégalais « dans la plus grande efficacité ». Ce faisant, on réussirait également le pari de nommer à des postes ministériels des personnes issues de différentes régions du pays afin d’avoir plus d’équilibre géographique dans la représentation gouvernementale. Mais quelle aberration si l’on est d’avis qu’un ministre ne représente ni sa région ni sa religion encore moins son ethnie, mais la république ! Le contraire serait de pousser cette logique absurde jusqu’au bout et de mettre au gouvernement des représentants des 14 régions, 42 départements, 370 communautés rurales du pays. Il est évident que l’équité —qu’elle soit sociale, politique ou autre — est importante dans une République. Mais ce n’est pas pour autant une raison valable pour surcharger l’attelage gouvernemental : une option qui coûte cher et ne garantit par forcément l’efficacité.
 En tenant une promesse de campagne, qui était de limiter la taille du gouvernemental à vingt cinq ministres, M. Macky Sall avait posé un acte courageux fondé sur un principe de gouvernance sobre et vertueuse qu’avaient salué tous les Sénégalais soucieux de voir leurs maigres ressources gérées avec responsabilité. Qu’est-ce qui a donc pu changer pour que le Président pense que cette exigence d’austérité réclamée par le peuple sénégalais comme gage de rupture est dépassée ? La suppression salutaire du Sénat a certes laissé des frustrés qui s’attendaient à tirer leurs revenus sur le dos du contribuable sénégalais. Mais le recasement d’une clientèle politique par la création de postes ministériels supplémentaires n’est pas une priorité pour ce peuple qui n’attend qu’une chose de son Président : la satisfaction de ses besoins. Celle-ci passe forcément par la rupture tant annoncée et qui tarde à se concrétiser.

Monsieur le Président, en vous adressant cette lettre, notre intention n’est pas de peindre un tableau sombre de la gouvernance sous votre magistère. Loin s’en faut ! Mais comme le dit l’adage, qui aime bien châtie bien. C’est précisément parce que nous souhaitons vivement que le Président réussisse sa mission que nous pensons qu’il est important d’attirer son attention sur ces actes qui inquiètent les Sénégalais. Depuis votre accession à la présidence vous avez, en effet, posé des actes qui nous rassurent et vous rapprochent des Sénégalais. Il n’est pas nécessaire de passer en revue tous ces actes. Votre volonté affichée de traquer les délinquants financiers et de rapatrier les biens qu’ils ont volés ; la suppression du Sénat ; la visite surprise que vous avez effectuée en pleine nuit dans les zones inondées de la banlieue, la tournée économique que vous venez de boucler dans la région de Thiès en sont quelques uns. C’est cette démarche de consolidation démocratique et économique que nous aimerions voir de la part du Président plutôt que des actes qui nous font douter de votre capacité à gouverner sur la base du pacte de confiance que vous avez signé avec le peuple au soir du 25 mars 2012.
 Que Dieu vous guide et vous assiste Monsieur le Président !
 Serigne Ndiaye, Ph.D.
 Mont Roland
 Directeur Résident, Council on International Educational Exchange (CIEE)
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